Accueil du musée des dictionnaires   Essais d'un dictionnaireuniversel (1685)


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Biographie




ESSAIS D’UN DICTIONAIRE UNIVERSEL
Contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts, spécifiez dans la page suivante. Le tout extrait des plus excellens Auteurs anciens & modernes.

Recueilli et compilé par Messire ANTOINE FURETIERE, Abbé de Chalivoy, de l’Academie Françoise,
A AMSTERDAM, 1684.
Taille des pages : 8 x 14 cm
Page pleine
IV+II+313 p.+II
Au Roi, Épître : 4 p.
Avertissement : 2 p.
Corps du dictionnaire : p. 1 à 313
Extrait du Privilege du Roy : 2 p.

Furetière, un académicien très intéressé par l’élaboration du dictionnaire de l’Académie

Antoine Furetière, élu à l’âge de 43 ans à l’Académie française, en 1662, en tant que représentant d’un certain purisme hérité de Malherbe, par contraste avec les Précieux, s’est révélé d’emblée très intéressé par l’élaboration du Dictionnaire de l’Académie. Chacun remarqua en effet son assiduité aux séances consacrées au dictionnaire dont Vaugelas était le maître d’œuvre et, en fait, le rédacteur principal. Furetière, dont l’esprit critique était très développé, particulièrement sensible à la langue française et notamment à la richesse des termes issus des sciences et des différents métiers, perçut vite dans ce domaine ce qu’il considérait comme des insuffisances du travail en cours, et il n’hésita pas à s’opposer à la compagnie sur tel ou tel mot, le mot feu par exemple. En vérité, la majorité des académiciens ne se sentait guère engagée dans la tâche lexicographique, aussi la mort de Vaugelas en 1672 fit-elle figure de catastrophe. Les cahiers du dictionnaire furent alors confiés à l’historien Mézeray pour leur transcription et leur nouvelle distibution pour examen, beaucoup de mots étaient en effet à redéfinir en fonction d’un état de langue qui, depuis le début du XVIIe s., avait bien changé. Chacun commençait à s’impatienter de la lenteur des travaux, une lenteur qui ne fut pas en réalité sans stimuler des projets concurrents. En l’occurrence, Pierre Richelet publia en 1680 avec l’aide, entre autres, de Patru et de Bouhours, son propre dictionnaire. Ce dictionnaire constituera de fait le premier dictionnaire monolingue de langue française.

Du Privilège royal de l’Académie française à celui obtenu par Furetière

Cependant, bien que l’Académie ait, dès 1674, obtenu un privilège exclusif pour son dictionnaire, installant ainsi un monopole absolu jusqu’à sa parution et durant vingt ans à partir de celle-ci, la publication du dictionnaire de Richelet ne souleva aucune difficulté. Richelet avait en effet de nombreux appuis à l’Académie et son dictionnaire parut d’importance mineure à l’Académie qui cultivait de plus hautes ambitions. Force est de constater qu’il en va tout autrement pour Furetière. En effet, entre 1672 et 1680, ce dernier est déjà porteur d’un projet pour améliorer le Dictionnaire de l’Académie, et petit à petit l’académicien lexicophile nourrit fermement l’idée d’en élaborer un tout seul. On lui reprochera par la suite d’avoir largement utilisé le dictionnaire de l’Académie pour élaborer le sien. Il est vrai que, même si le dictionnaire de Furetière se révèle de nature encyclopédique, alors que celui de l’Académie représente un véritable dictionnaire de langue, lorsque Mézeray meurt, c’est bien Furetière, accompagné par l’abbé de la Chambre, qui vient prendre officiellement au domicile de Mézeray les documents correspondant au dictionnaire de l’Académie. Or, c’est effectivement peu de temps après qu’il annonça la publication d’un Dictionnaires des arts et des sciences, présenté comme devant être très différent du travail de l’Académie. Le 24 août 1684, il obtint dans cette perspective un privilège pour un " Dictionnaire universel " et, la même anné, Furetière fait paraître les Essais d’un dictio(n)naire universel : ce petit ouvrage de format in-12° ne permettait assurément plus aux académiciens de douter des hautes ambitions de Furetière.

D’inquiétants Essais

Ainsi, un nouveau dictionnaire concurrençant celui de l’Académie est bel et bien en train de naître. Les Essais permettent en effet de constater que le dictionnaire à venir ne comportera pas que des mots des arts (techniques) et des sciences, comme il était annoncé, mais aussi des mots usuels. L’Académie est alors en grand émoi et, qui plus est, particulièrement irritée par l’Épître au roy qui précède les Essais, Épître où elle est mise en cause sur un ton ironique. L’Académie exige donc la révocation du Privilège obtenu par Furetière et la suppression des Essais. Dès janvier 1685, on envoie les amis de Furetière, Racine, La Fontaine et Boileau, lui demander de céder, mais le lexicographe reste inflexible et, le 29 janvier 1685, les Académiciens votent son exclusion de la Compagnie, ce à l’insatisfaction du Roi qui n’est pas insensible au projet de Furetière. Cependant, son Conseil privé ne peut faire autrement que d’adopter le 9 mars 1684 un arrêt supprimant le Privilège que Furetière avait obtenu. Dès lors, le lexicographe dissident commence à publier force libelles pour plaider sa cause et, dans ces célèbres factums, tout en argumentant en sa faveur, il tourne en ridicule l’Académie, usant de sa rhétorique confirmée de satiriste. À la Cour et dans Paris, le public est d’abord amusé par cette querelle et prend parti pour Furetière, mais celui-ci mêle de vraies critiques à quelques mauvais coups, par exemple contre La Fontaine ou Perrault, ce qui finira par le faire déconsidérer auprès de la plupart. L’Académie quant à elle se refuse dans un premier temps à répondre à l’exclu, mais Charpentier, l’homme fort de l’Académie réagira assez vite sur un ton parfois trivial. Furetière, sans doute épuisé par ses travaux et cette polémique, tombe malade en 1686. Furetière commence à douter que son Privilège puisse être rétabli et, devant l’insistance de Pierre Bayle, exilé en Hollande et qui avait marqué tout son intérêt pour le " Dictionnaire universel ", il accepte le 5 mai 1687 que son dictionnaire soit imprimé par le libraire Desborde d’Amsterdam. Il meurt le 14 juillet 1688 avant de pouvoir prendre entre les mains son dictionnaire imprimé. Préfacé élégamment et efficacement par Pierre Bayle, le Dictionnaire universel de Furetière paraît en 1690 et connaît un succès marqué. Ce sera notre premier dictionnaire encyclopédique.

Un contenu riche d’informations

Les Essais d’un dictionaire universel comportent 350 mots choisis par Furetière comme échantillons du dictionnaire qu’il est en train d’élaborer et dont il annonce la parution prochaine. Il s’agit en fait pour le lexicographe de démontrer que son dictionnaire n’est en rien identique à celui de l’Académie. En réalité, si effectivement il s’intéresse davantage aux choses et aux concepts que décrivent les mots qu’à la langue seule, il n’en reste pas moins que la langue y est aussi décrite, et que l’Académie ne pouvait manquer d’être légitimement inquiète devant un projet rédigé par l’un des siens, d’autant plus qu’il dépassait l’envergure du dictionnaire de l’Académie. Par ailleurs, les 350 mots présentés faisaient clairement deviner que l’élaboration du dictionnaire de Furetière était déjà très avancée. C’était un très mauvais coup pour l’Académie, qui réagira par des dictionnaires de qualité dans le domaine de la langue, mais au siècle suivant. Voici à titre indicatif, la liste de tous les mots proposés par Furetière, liste que nous avons établie en ne relevant que ceux présentés en nomenclature. Au sein de chaque article de Furetière sont en effet donnés en paragraphes séparés les différents sens que revêt cette forme, avec toutes les locutions, tous les syntagmes qui s’y rattachent :
abbé, abbesse, abintestat, abysme, abysmer, agate, aile, ailé, algèbre, alkali, antimoine ; ban, banque, banquet, banqueroute, banqueroutier, banquet, banqueter, banquette, banquier, beffroy, bilan, bilboquet, bis, hautbois ; cacao, calandre, calcination, calciner, camphre, chartepartie, chien, cocagne, cocatrix, cohue, couleur, coupelle ; degré, devise, dragon, dragonné, drague, droit, duel ; eau, electuaire, elixir, eolipile, epacte, eparer, epanorthose, ephemere, ephemeride, equation, echelle, echeler, echelette, echelier, echelon, ecrou, ecrouë, ecroulement, ecrouler, ecrouter, ecroute, ecrüe ; fanon, fucon, fauconneau, fauconner, fauconnerie, fauconnier, feu, fief, foyer, fugue ; galeasse, galebans, galee, galimathias, garde, gaude, genettes, giron, gnomon, gonfanon, gonfanonier, grairie, grouppe, griotte, guesde, gueuse ; hamac, hamade, hamadriade, hanouards, hansiere, haro, harpail, hautbert, hautberger, hautbergeon, helice, hourder, hourdi, houret, hourque, hydrographie, hydrographique, hydromantie, hydromel, hydrophore, hypocondre, hypocondriaque, huche, hucher ; jade, jalap, jaquemar, javart, javeeau, iconographe, iliaque, imprimerie, inceste, incommensurable, indult, incube, inféoder, inféodé, insolation, iris, ischion, ischurie, isoscele, jumart ; laboratoire, laie, laier lais, lamaneur lanterne, latitude, lige, ligement ligne, litarge, lunette, lunettier, lut, luth, luthée ; magdallon magistère, magnesie, malachite, mandrin, manicordion, manipule, manœuvre, manne mannequin, mareschal, mareschaussée, marfil, marin, la marine, marinette, mascaret, mascarade, massore, mast, mediaslin, medin, meneau, mesolabe, mesplat, metacarpe, metaphysique, metaphysiquement, metatarse, metope, metopion, metoposcopie, mezzanin, mezzanine, mezeline, mezeau, mezaraique, mezai, mezeon, microscope ; navire, nazal, nazard, nazarder, nazeaux, naziller, nephretique, nicotiane, nil, nille, nole me tangere, nolis & nolissement, nombre, nombrer, nombreux, nombreusement, nombril, nord, nort, nordester, nota, notables, notablement, notaire, notamment, notte, note, nymphe ; oblat, obtus, obturateurs, ogive, ogoesses, oignement, oiseau, oiselerie, oiselet, oisillon, oiseleur, oiselier, ombelle, oreille, orgue, orgues, oriflame ; peage, peager, peaure, peigne, peigner, peignier, peignoir, peignures, pellican, pendule penes, pesnes, pennage, pennes ou pannes, pennache, pennon, pied, piedouche, phosphore ; ramadan, ramberge, rate, rate, ratepennade, resine, resineux, reline, retrogradation, retrograde, retrograder, rhinoceros, rouvre, roy, rubis, rubord, ruche, rum, rumb ; safran, safranier, salvatelle, samis ou samilis, sandaraque, saphene, saphir, scarificateur, scarification scytale, secante, segraier, sergrairie, sel, selenographie, seton, sillet, sinople, sinus, siphon, sommier, soupape, statique, sterling, stratification, stribord, strophe, suage, sursolide, secondines, sivadiere ; teindre, teint, teinte, teinture, teinturier, thé, tiercer, tierceur, tiers, ton, trompe, tromper, trompette, trompetter, trompillon, truand, truandaille, truander, turbit ; varech varenne, vent, ventre, ventrée.

Jean PRUVOST