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Pons Augustin ALLETZ
(Montpellier, 1703 – Paris, 1785)



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A propos de Pons Augustin Alletz, les diverses sources consultées s’accordent pour attester une formation d’avocat, et d’agronome. Mais pour la majeure partie de son activité, on trouve les termes de polygraphe, et surtout de compilateur, voire de compilateur « laborieux »1. Il est en fait tentant de décrire l’homme comme un polyvalent de la compilation curieuse, un touche-à-tout de l’engrangement concernant bien des domaines : l’agronomie, au sens général de tout ce qui a trait à la campagne, au rustique, mais aussi avec constance, la religion, l’éducation, l’histoire ou la morale. Peu d’écrits sont nés de sa plume propre : « Il a peu créé : mais il avait l’art d’extraire et de recueillir les pensées des auteurs, de les disposer avec ordre, et d’en former un tout qui ne doit jamais sans doute dispenser de recourir aux sources, mais qui peut conduire sur la route. »(Dict. hist., cf bbg)

Compte tenu des dizaines d’œuvres écrites, éditées et surtout compilées par l’auteur, il serait fastidieux de faire ici une nomenclature exhaustive2. Hormis donc quelques titres particulièrement importants et d’autres destinés à évoquer telle ou telle facette ponctuelle du travail de l’auteur, le lecteur sera renvoyé, s’il souhaite s’enquérir de cette longue liste, à la bibliographie infra dont les ouvrages font état de cette nomenclature.

Le premier ouvrage dont nous ayons trace concerne la rhétorique, et est intitulé Modèles d’éloquence, ou les traits brillants des orateurs français les plus célèbres. Il date de 1735.

Dans une visée éducative -à destination des élèves- qui le caractérise aussi, P.A. A publie en 1754 un Petit Trésor de la belle latinité puisé dans les meilleurs auteurs, ou recueil de diverses façons de parler la langue française3 ; suivies du tour latin qui leur répond : le tout par ordre alphabétique, pour aider les jeunes gens dans les compositions de français en latin.

En 1755 paraît4 un petit ouvrage destiné à offrir à son lectorat un savoir-faire dans tout ce qui concerne l’horticulture : Le bon Jardinier. Almanach pour l’année mil sept cent cinquante cinq. P.A. Alletz collabore à la rédaction de cette première édition.

En 1756 sort le Dictionnaire théologique portatif, contenant l’exposition et les preuves de la révélation ; de tous les dogmes de la foi et de la morale ; les points de controverse ; les hérésies les plus célèbres ; les opinions différentes des théologiens scholastiques.

En 1760 c’est l’un de ses ouvrages les plus appréciés qui voit le jour : L’agronome, ou dictionnaire portatif du cultivateur, contenant toutes les connaissances nécessaires pour gouverner les biens de campagne, et les faire valoir utilement ; pour soutenir ses droits, conserver sa santé, et rendre gracieuse la vie champêtre.

Ce livre fera l’objet de nombreuses réimpressions, revues, augmentées. Son titre variera quelque peu selon les éditions. Quant à son contenu, sorte de manuel de vie à la campagne, il ne se borne pas au jardinage ou à la description des plantes, mais enseigne aussi la viticulture ou l’élevage, faisant par ailleurs une fort belle part à la cuisine.

L’extrait de sommaire qui suit donnera une idée un peu plus précise du type de renseignements à disposition :

1° Les terres à grains, la vigne, les prés, les bois ; la chasse, la pêche, les jardins, tant de propreté que d'utilité ; les fleurs recherchées ; les plantes usuelles, les bestiaux, chevaux et autres animaux. 2° Les principales notions qui peuvent donner l'intelligence aux affaires, jusqu'au degré suffisant pour défendre son bien, tant dans les matières rurales que civiles. 3° Les remèdes dans les maladies ordinaires et autres accidents qui arrivent aux hommes et aux animaux. 4° Les divers apprêts des aliments et tout ce qui peut procurer une nourriture saine et agréable. Avec un nombre considérable d'autres instructions utiles et curieuses, à tout homme qui passe sa vie à la campagne.

Quelque utiles et plaisants, et appréciés, que seront ces ouvrages domestiques portant sur le concret, P.-A. Alletz ne s’y cantonnera pas, et son souci de réflexion et d’enseignement se portant également sur des questions abstraites, il éditera par exemple beaucoup à propos de la religion et de l’histoire.

Cette année 1760 abonde en ouvrages qui paraissent grâce au travail d’Alletz : un Petit dictionnaire en français et latin ou Vocabulaire uniquement à l’usage des enfants ; des Dialogues en français et en latin, pour servir de guide aux militaires et aux personnes qui voyagent ; une Encyclopédie de pensées, de maximes et de réflexions sur toutes sortes de sujets ; et encore les Principes fondamentaux de la religion, ou Catéchisme de l’âge mûr : méthode courte et à la portée de tous les fidèles qui n’ont point reçu d’autres instructions sur cette manière que celle de l’enfance, et qui désirent se rendre raison des motifs de leur foi.

Ce n’est pas la seule période luxuriante ; en fait dès lors il ne se passera pas d’année sans que foisonne telle ou telle compilation assortie de conseils d’enseignement. Citons encore dans les années 60 le Magasin des adolescents, dans lesquels on trouve les règles de la langue française, les principes d’éloquence (1764) et la Petite Encyclopédie ou les éléments des connaissances humaines (1765).

Il faudra attendre 1768 pour que P.-A. Alletz fasse éditer un ouvrage peu ou prou « domestique » : L’Albert moderne ou Nouveaux secrets éprouvés, et licites, recueillis d’après les découvertes les plus récentes. Les uns ayant pour objet de remédier à un grand nombre d’accidents qui intéressent la santé ; les autres, quantité de choses à savoir pour les différents besoins de la vie ; d’autres enfin, tout ce qui concerne le pur agrément, tant aux champs qu’à la ville. Le tout divisé en trois parties, et rangé par ordre alphabétique. I. De la santé. II. L’utilité. III. L’agrément. Sur les liqueurs. Sur les fleurs.

Dans la préface, Alletz précise : « Nous avons donné à cet ouvrage le nom d’Albert Moderne, par opposition à un livre fort connu et déjà ancien, divisé en deux parties, dont l’une porte le titre de Secrets d’Albert le Grand, et l’autre celui de Petit Albert. »

Cet ouvrage est une compilation pratique ludique, sous forme de dictionnaire, de renseignements, conseils et astuces concernant la vie de tous les jours dans des domaines aussi variés que la cuisine, le jardinage, le bricolage.

G. Oberlé commente5 : « C’est un excellent manuel de vie pratique rédigé sous forme de dictionnaire […] Nombreuses recettes de cuisine : étrange confiture de carottes, […], vin, vinaigre, […], moyen de cuire la volaille sans broche ni feu (intéressante pour les militaires en campagne) […].

Cette même année 1768 paraît un autre de ses « manuels » portatifs, ouvrage ayant trait à l’histoire ecclésiastique : le Dictionnaire portatif des conciles et une somme des canons.6

S’intéressant à la langue, P.A. A. n’a pas manqué de faire œuvre de lexicographe dans ce domaine, en publiant en 1770 un Dictionnaire des richesses de la langue française et du néologisme qui s’y est introduit : contenant les termes nouveaux et reçus.

1771 : L’Esprit des journalistes de Trévoux. Le Journal de Trévoux, autrement connu comme Mémoires de Trévoux, est un recueil (de mémoires) fondé par les jésuites de Trévoux7, écrit par de nombreux rédacteurs successifs, et dont l’idée était à l’origine de donner une vue globale des œuvres européennes littéraires, scientifiques, historiques, géographiques, ethnologiques et religieuses ; teneur qui varia quelque peu, en particulier par son insistance un temps sur la question religieuse. Alletz fit un florilège de ce qu’il considérait dans tous ces écrits comme les dissertations les plus intéressantes.

Nous relèverons enfin, en 1780, le Tableau de l’histoire de France, depuis le commencement de la monarchie jusqu’au règne de Louis XVI, livre taxé de « vivant manuel d’apprentissage de l’histoire nationale », avec du style, contrairement, souvent, à la sécheresse de ce genre d’ouvrage, selon Barbier.

Le dernier ouvrage recensé est un Tableau de la doctrine des Pères et des Docteurs de l’Eglise. Il est daté de 1785, année de sa mort. Alletz aura fait montre toute sa vie d’une curiosité et d’un labeur sans faille. Afin de plus encore souligner la diversité plaisante de son travail, je citerai quelques titres supplémentaires : Histoire des singes et autres animaux curieux (1752), Almanach parisien, en faveur des étrangers et des personnes curieuses (1762), Abrégé de l’histoire grecque, depuis les temps héroïques jusqu’à la réduction de la Grèce en province romaine (1764), L’Esprit des femmes célèbres du siècle de Louis XIV et de celui de Louis XV (1768), Cérémonial du sacre des rois de France (1775), Manuel pour les messes des jours ouvrables (1778), De la formation des mœurs et de l’esprit, ou connaissances nécessaires aux jeunes gens, et surtout à ceux destinés à des professions qui n’exigent que le cours ordinaire des études (1781), etc, etc..



Nicole CHOLEWKA

Bibliographie des sources :

Barbier (Antoine-Alexandre), Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes composés, traduits ou publiés en français et en latin, avec les noms d’auteurs, traducteurs et éditeurs. Accompagné de notes historiques et critiques (1806-1809) [date avancée par Wikipedia]. L’édition en ligne est celle de 1823.

Quérard (Joseph-Marie), La France littéraire ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres de la France, ainsi que des littérateurs étrangers qui ont écrit en français, plus particulièrement pendant les XVIIIe et XIXe siècles, 18278 [Cet ouvrage comporte une bibliographie de sources.]

Biographie universelle ou Dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes : par François Xavier de Feller. Edition revue et continuée jusqu’en 1848, sous la direction de M. Ch. Weiss, conservateur de la Bibliothèque de Besançon, membre de plusieurs académies, et de M. l’abbé, Busson, ancien secrétaire du ministère des affaires ecclésiatiques et vicaire-général honoraire de Montauban. (T. 1) 1847.

Bibliographie parémiologique. Etudes bibliographiques et littéraires sur les ouvrages, fragments d’ouvrages et opuscules spécialement consacrés aux proverbes dans toutes les langues. Suivies d’un appendice contenant un choix de curiosités parémiographiques, par M-G Duplessis, 1847.

Ces sources sont en ligne via books.google.com grâce à BN-Opale.



Notes

1 Dans dictionnaire biographique Imago mundi : cosmovisions.com

2 Nous n'avons pas relevé moins de 75 ouvrages où Alletz est " intervenu ".

3 J'ai pris le parti de la simplicité en transposant l'orthographe des mots inclus dans les titres, à celle de notre époque : françoise deviendra donc française ; et, plus loin dans mon article, accidens, accidents, sçavoir, savoir, etc.

4 pour la première fois ; le livre sera constamment réédité.

5 Gérard Oberlé, dans Les Fastes de Bacchus et de Comus (1989).

6 Cet ouvrage comprend une somme de tous les conciles généraux, nationaux, provinciaux et particuliers, le sujet de leur tenue, leurs décisions sur le dogme ou la discipline et les erreurs qu'ils ont condamnés depuis le premier Concile, tenu par les apôtres à Jérusalem et au-delà du Concile de Trente. Y est jointe une collection des canons les plus remarquables, distribués par matières et mis en ordre alphabétique, avec une table chronologique de tous les conciles ; le tout précédé d'une dissertation sur leur antiquité et leur utilité et d'un précis des collections qui en ont été faites.

7 Trévoux : ville (Ain, Rhône-Alpes) qui fut la capitale de la principauté de Dombes. Elle est connue pour son dictionnaire éponyme.

8 Date de parution du premier tome ; l'œuvre en comprendra 14.