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Antoine FURETIERE (Paris, 1619 - 1688, Paris)



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Essais d'un dictionnaire universel (1685)

Dictionnaire universel (1690)





Né à Paris et issu d’une une famille de très petite bourgeoisie, fait d’abord d’excellentes études au cours desquelles il acquiert un très bonne connaissance de l’Antiquité, assimilant même les premiers rudiments de quelques langues orientales. Se destinant au barreau, il s’engage dans des études de jurisprudence puis de droit canon. Reçu avocat en 1645, il achète la charge de procureur fiscal à l’Abbaye de Saint-Germain-des-Près.

Il entre alors dans l’état ecclésiastique et devient abbé de Chalivoy dans le diocèse de Bourges et prieur de Chuines. Cependant, Furetière porte tout son intérêt aux Lettres et, dès 1653, il publie le Voyage de Mercure, où sont énumérées sous forme versifiée force critiques adressées aux pédants et aux littérateurs. Il se fait par ailleurs connaître en 1655 par des Poésies diverses, suivies en 1658 de la Nouvelle allégorique ou l’Histoire des derniers troubles arrivés au royaume d’Éloquence. Et c’est dans la même veine burlesque qu’est publiée L’Énéide travestie (1648-1653).

Très tôt lié d’amitié avec La Fontaine, il bénéficie également de l’estime de Racine et Molière que ses œuvres plaisantes amusent. Furetière est élu à l’Académie française en 1662 et il publie en 1666 son œuvre littéraire la plus célèbre : le Roman bourgeois où, en adversaire de la préciosité, il parodie les romans héroïques. Il y décrit en effet une tout autre assemblée, en l’occurrence, la gent parisienne et ses salons bourgeois, en insistant sur la trivialité et la goguenardise vulgaire de personnages quotidiens et réalistes, très éloignés de ceux des romans à la mode de Madeleine de Scudéry : "Je vous raconterai sincèrement et avec fidélité plusieurs historiettes ou galanteries arrivées entre des personnages qui ne sont ni des héros ni des héroïnes" annonce-t-il d’emblée.

Furetière brosse là une satire de la société des précieuses, notamment du monde des avocats et des procureurs du quartier Maubert à Paris. On y relève par exemple un passage célèbre où il présente un Tarif ou Évaluation des partis sortables pour faire facilement les mariages constitué de deux colonnes, la première réservée aux divers montants possibles de la dot d’une jeune fille, et la seconde correspondant au type de mari auquel elle peut prétendre en fonction de ladite dot.

En 1670, sur un thème voisin et dans le même esprit, Molière présente le Bourgeois gentilhomme. Enfin, en 1668, Furetière collabore à la rédaction des Plaideurs de Racine. Dès son entrée à l’Académie (1662), l’écrivain s’était vivement intéressé à l’élaboration du Dictionnaire, au point même qu’on lui reprocha par la suite de se rendre en avance à chaque séance pour copier les travaux de la Compagnie.

En fait, Furetière projette assez vite d’élaborer son propre dictionnaire, jugeant l’entreprise de l’Académie incomplète, insuffisamment ouverte sur les termes des sciences et des arts. L’Académie travaillait au dictionnaire depuis 1637 et avait obtenu en 1674 un privilège exclusif.
Furetière réussit à obtenir également un privilège du roi, dans un projet qui ne semblait pas faire concurrence à l’Académie, mais cette dernière l’accusa de profiter du travail de la Compagnie pour son propre dictionnaire. Il s’en suivit un procès que Furetière intenta devant le Conseil du Roi. Il fit paraître dans ce contexte, en 1684, un petit in-12° de 315 p. intitulé Essais d’un Dictionnaire universel, publié à Amsterdam et dans lequel il donne des extraits du grand dictionnaire à venir, pour que son lecteur, affirme-t-il, constate bien que son dictionnaire "n’a aucun rapport avec celui de l’Académie".

L’Académie, qui a le sentiment d’être trahie, décide de l’exclure, exclusion obtenue à une voix près, et le roi qui devait bénéficier de la lecture du Dictionnaire universel de Furetière, publié de manière posthume en 1690, avant la parution de la première édition du Dictionnaire de l’Académie (1694), s’opposa à ce que du vivant de Furetière on procéda à l’élection d’un remplaçant. Le lexicographe, en mauvaise posture devant les tribunaux, se vengea en s’adressant directement au public, publiant des libelles en prose et en vers, véritables pamphlets où son esprit railleur n’épargnait ni l’Académie ni les académiciens. Ces factums, polémiques et violents comme il se doit, comportaient d’amusantes épigrammes, souvent injurieuses, parfois grossières. Furetière mourut avant que son procès ne soit achevé et sans avoir la joie de voir définitivement imprimé son dictionnaire.

Les deux volumes initiaux de la première édition, deux in-quarto paraissent à Amsterdam en 1690, préfacés par Pierre Bayle. Le Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes, & les Termes de toutes les sciences et des arts représente le dictionnaire monolingue français le plus riche du XVIIe siècle.

Si le dictionnaire de Richelet publié en 1680 correspond à notre premier dictionnaire monolingue consacré à la langue, le Dictionnaire universel de Furetière, publié dix ans plus tard, peut être assimilé à notre premier dictionnaire monolingue de type encyclopédique.


Jean PRUVOST