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Les dictionnaires de la langue française : une histoire et une dynamique



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La seconde moitié du XIXe siècle : la linguistique historique

Littré (1801-1881) et Larousse (1817-1875)

Dès 1804, avec entre autres les publications de Franz Bopp, commençait l'aventure de la linguistique historique qui rapprochait les langues européennes du sanscrit, d'où la découverte progressive de la famille des langues indo-européennes, expliquant les parentés entre des langues apparemment aussi éloignées que le latin, l'allemand et le grec.

Mais c'est surtout au cours de la seconde moitié du XIXe siècle que s'installent en France les recherches étymologiques avec l'établissement des règles de phonétique historique.

Ajoutons à cela l'influence décisive d'Auguste Comte qui publie entre 1830 et 1842 le Cours de philosophie positive. Fondée sur l'observation, l'étude positive des faits, et donc implicitement sur la recherche des causes historiques, cette philosophie s'adaptait parfaitement aux aspirations d'une nouvelle génération désormais plus sensible aux réalités scientifiques qu'aux rêveries enthousiastes.
Larousse et Littré en seront de fervents adeptes, et tous deux s'inscrivent sans hésiter dans le courant de la linguistique historique et comparative.

Littré naquit le 1er février 1801 à Paris, avec pour premier prénom Maximilien, prénom donné par son père en souvenir de Robespierre l'Incorruptible... L'enfant prometteur, entre une mère protestante et un père disciple de Voltaire, ne fut point baptisé, ce qui fit couler beaucoup d'encre lorsqu'il devint célèbre. Brillant élève, il se destine à la médecine, mais le médecin se métamorphose petit à petit en érudit en publiant notamment une traduction critique des œuvres d'Hippocrate. En 1840 lui est alors proposée une chaire d'Histoire médicale qu'il refuse, ne souhaitant guère le contact avec le public.
Émile Littré avait formé le projet dès 1841 de rédiger un dictionnaire étymologique qui serait publié chez son camarade de classe, Christophe Hachette, déjà devenu un éditeur éclairé. En fait, ce premier projet n'aboutira pas, il faut attendre 1859 pour que les premiers textes du Dictionnaire de la langue française (4 vol., in-4°) soient remis à Hachette, et 1872 pour que ce dictionnaire en quatre volumes qui fait une large part à l'histoire du mot soit achevé. Un Supplément publié en 1877 couronne l'ensemble.
Le dictionnaire de la langue française eut un franc succès auprès du public cultivé qui trouvait dans cet ouvrage une somme d'informations jusque-là inégalée quant à l'étymologie et à la filiation historique des sens d'un mot, le tout cautionné par de grands auteurs. Aussi prit-on rapidement l'habitude d'évoquer "le Littré" avec déférence, comme une autorité ; il devint même l'instrument indispensable de toute recherche sérieuse en langue française. Son prestige ne diminua guère au fil des années, ainsi, jusqu'à la publication du Dictionnaire de Paul Robert, presque un siècle après, Littré fut le plus souvent considéré comme la seule véritable référence des lettrés.

Alain Rey, dans un ouvrage explicite sur le lexicographe et son œuvre, met éloquemment en relief comment s'est installée la notoriété d'un dictionnaire qui, n'étant plus réédité, est devenu tout au long de la première moitié du XIXe siècle un ouvrage mythique. En fait, le dictionnaire de Littré était fondé sur l'idée darwinienne que la langue est un organisme qui connaît d'abord une croissance, et qui, en atteignant son apogée, commence à décliner. Pour Littré, comme pour nombre de linguistes de la fin du XIXe siècle, l'apogée se situait au XVIIe siècle. Aussi, son dictionnaire enregistre-t-il principalement la langue française comprise entre le XVIIe siècle et le début du XIXe. Les citations présentées ne sont jamais postérieures à 1830. É. Zola et la majeure partie de l'œuvre de V. Hugo n'y figurent pas.
Ajoutons à cet handicap que la conception des articles, avec parfois 40 sens qui se succèdent selon une filiation que Littré souhaite avant tout historique, positiviste, est loin d'être clarificatrice. Il n'en reste pas moins que l'ouvrage reste jusqu'à celui de Paul Robert d'une richesse foisonnante et méritait pleinement toute sa notoriété.

Pierre Larousse est né en 1817 dans le village de Toucy en Bourgogne où il est élevé entre la forge de son père et l'auberge tenue par sa mère. Son appétit de savoir et sa boulimie de lecture lui ouvrent sans tarder les portes de l'École normale de Versailles. Après un rapide retour au village natal, où il exerce en tant qu'instituteur et directeur de l'école dont il avait été l'élève, il repart à Paris où il mange "la soupe à l'oignon", selon son propre aveu et, surtout, fréquente avec ardeur les bibliothèques et les amphithéâtres. Il publie alors les premiers ouvrages destinés à l'enseignement de la langue, fondant en 1852 la librairie, la maison d'édition qui porte toujours son nom.
On retiendra qu'en 1856 paraît le Nouveau dictionnaire de la langue française, dictionnaire de petite taille et destiné notamment à un public scolaire, l'ouvrage connaît un succès considérable. Ce sera l'ancêtre lointain du Petit Larousse illustré dont la première édition est de 1906 et que l'on doit à ses successeurs. Mais ce petit dictionnaire de 714 pages, avec déjà les célèbres locutions latines, donne vite l'idée à P. Larousse d'une œuvre de plus grande envergure. C'est le moins que l'on puisse dire puisque, de 1865 à 1876, ce sont quinze gros volumes in-quarto, auxquels s'ajouteront à partir de 1878 deux suppléments, qui seront publiés sous le titre de Grand dictionnaire universel du XIXe siècle.
P. Larousse, admirateur de Diderot, disciple de Proudhon et d'A. Comte, ambitionne en fait de donner à la France un nouveau monument encyclopédique, alliant la description de la langue et la diffusion des savoirs. Et ce sont pas moins de 20 000 pages en petites caractères sur quatre colonnes, presque sans aucune illustration, qui feront de ce dictionnaire une œuvre jamais refaite dans de telles proportions. Il faut en convenir, si l'on admire aujourd'hui l'ampleur extraordinaire d'une telle œuvre, en réalité, lorsque P. Larousse avait lancé son projet avec force battage, il fut pris par plus d'un, selon la formule d'un critique de la première heure, pour un "barnum littéraire".
On redécouvre aujourd'hui le caractère très riche de l'information et, au-delà de la nature encyclopédique de l'ensemble, la pertinence des informations apportées sur la langue. Celles-ci ont longtemps été occultées par l'hypertrophie de la seconde partie de chaque article, réservée aux aspects encyclopédiques, où alternent les informations les plus sérieuses et les anecdotes les plus étonnantes.
Larousse avait un objectif : diffuser la pensée républicaine propre à instaurer une société démocratique et laïque. Son dictionnaire, dont on pouvait par exemple commander une feuille, celle correspondant à l'article qui vous intéressait, eut pour public privilégié les instituteurs et toute une population modeste aspirant au savoir.
Le Grand dictionnaire universel du XIXe s. de Larousse ne fit pas en réalité concurrence au Dictionnaire de la langue française de Littré, les publics différaient, et loin de mettre ces ouvrages dos à dos, il conviendrait plutôt de reconnaître à chacun une dimension hors du commun. Au point qu'il était presque impossible à d'autres lexicographes de s'imposer.
Seuls Hatzfeld, professeur de rhétorique et remarquable logicien, et Darmesteter, philologue réputé, ont pu se distinguer avec le Dictionnaire général de la langue française du commencement du XVIIe à nos jours en deux volumes de dimension modeste mais de grande qualité, publiés respectivement en 1890 et 1900. Ce dictionnaire recueillit un succès certain auprès des étudiants et des élèves de classe préparatoire, d'une part grâce au classement rigoureux des définitions, et d'autre part grâce aux 300 pages préliminaires consacrées à un remarquable Tableau de la formation de la langue, ce dernier étant rédigé par Darmesteter.




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