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Les dictionnaires de la langue française : une histoire et une dynamique



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Le XXe siècle :

Les talentueux successeurs de P. Larousse


Au Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle devait succéder en 1904 les sept volumes in-quarto du Nouveau Larousse illustré, dirigé par Claude Augé, qui fut très largement répandu, avec des planches illustrées en couleurs et de nombreuses illustrations au cœur des articles. Version singulièrement amincie du prédécesseur en 17 volumes, il méritait sa notoriété de par son homogénéité et la fiabilité des informations apportées.

En 1910 paraissait le Larousse pour tous en deux volumes, intitulé ensuite Larousse Universel en 1923, et Nouveau Larousse Universel en 1948. Il devait donner naissance au Larousse en trois volumes, le L3.
En 1933, était publié sous la direction de Paul Augé le dernier des six volumes du Larousse du XXe siècle (6vol. et un Supplément en 1953, in-4°), ouvrage particulièrement riche en biographies.

Mais c'est en 1963 que, sous la direction de Jean Dubois et avec le concours du grand linguiste Claude Dubois, était achevé le Grand Larousse Encyclopédique en dix volumes, plus de 10 000 pages, 450 000 acceptions, 22000 illustration. Assurément, un dictionnaire de grande classe correspondant aux trente glorieuses : pas moins de 700 spécialistes y participaient en effet, répartis en treize grandes disciplines dirigées par des secrétaires de rédaction responsables de l'homogénéité de l'ensemble.

On est en fait ici à l'aube du travail structuré à l'aide de l'ordinateur, cet ouvrage représentait la dernière étape avant l'aventure informatique, celle correspondant à la mise en fiche la plus efficace possible.
En 1985, dans la même dynamique était publié le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse en dix volumes. Mais il s'agissait là de dictionnaires encyclopédiques, et si la description de la langue n'y était pas négligée, ces ouvrages privilégiaient naturellement l'information encyclopédique.

Les Éditions Larousse allaient donc également s'intéresser au dictionnaire de langue. Ainsi est publié en 1978 le Grand Larousse de la langue française, en 7 volumes, élaboré sous la direction de Louis Guilbert, R. Lagane, G. Niobey. Un dictionnaire Larousse sans illustration, uniquement consacré à la description des mots de notre langue, voilà qui rompait avec la tradition.

En fait, dès 1967, une première percée avait été faite avec le Dictionnaire français contemporain (le DFC) rédigé sous la direction de Jean Dubois, ouvrage en un volume, de format très réduit, avant tout destiné au public scolaire. Ce petit dictionnaire, en décrivant le français en synchronie, avec un dégroupement des articles, en fonction de la distribution des mots dans la langue (plusieurs articles pour le mot "classe" au lieu d'un seul avec de nombreux sens différents) avait fait l'effet d'une révolution lexicographique.

Le Grand Larousse de la langue française s'inscrivait dans cette même perspective, moderniste, en ajoutant à la nomenclature des articles exclusivement consacrés à la linguistique. Hélas, ce bel outil élaboré avant l'informatisation, n'a pas eu la carrière qu'il méritait, il ne fut pas remis à jour.


Paul Robert, Alain Rey et Josette Rey-Debove

Paul Robert est né en 1910 en Algérie, dans une famille aisée, et il entreprend des études de droit qui le conduiront jusqu'à une thèse soutenue à la fin de la guerre, en 1945. Rien ne le prédestinait à la lexicographie, mais son affectation pendant la guerre au service du décodage, où il participe à l'élaboration d'un dictionnaire du chiffre, son contact apprécié avec la langue anglaise, ses premiers essais à titre personnel de mise en analogie des mots anglais puis des mots français, l'entraînent peu à peu à transformer son loisir en activité dévorante, au point de bientôt recruter des auxiliaires sur sa fortune personnelle pour faire aboutir le dictionnaire dont il rêve. En 1950, il apprend que le premier fascicule de son dictionnaire obtient le prix Saintour de l'Académie française. Dès lors, il n'a de cesse d'achever l'œuvre commencée et, en 1952 et 1953, il recrute pour l'aider deux collaborateurs d'excellence, Alain Rey et Josette Rey-Debove. Le 28 juin 1964, il achève le sixième et dernier tome du Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française. Paul Robert offrait à la France un digne successeur du Littré avec des citations extraites d'un corpus littéraire plus récent, la Société qu'il avait fondée s'intitulait d'ailleurs la Société du Nouveau Littré. Quant au principe analogique qui était à l'origine du projet, s'il n'est pas négligeable, ce n'est pas lui qui déterminait le succès de l'entreprise, mais la qualité du travail définitoire. Les éditions Robert allaient s'installer dans le paysage lexicographique en s'illustrant par différents dictionnaires de grande qualité. En 1967, naissait d'abord le Petit Robert, le petit dictionnaire de langue manquant sur le marché et qui pouvait ainsi constituer le pendant du Petit Larousse illustré, dictionnaire encyclopédique. Après un Supplément (1971) ajouté au Dictionnaire alphabétique et analogique de Paul Robert, supplément qui installait A. Rey et J. Rey-Debove parmi les grands lexicographes connus, paraissait en 1985 le Grand Robert de la langue française dirigé par A. Rey.

À la fin du siècle, marqué par l'informatique, sont diffusés, en 1994, le cédérom correspondant au Grand Robert et, deux ans plus tard, celui correspondant au Petit Robert, outil précieux permettant de nombreux croisements d'information avec, pour la première fois, des mots sonorisés, près de 9000.
Enfin, signe patent d'une maison d'édition bien installée dans le paysage lexicographique, on assiste au cours de la dernière décennie du XXe siècle à la diversification des ouvrages en un ou deux volumes, qu'il s'agisse des dictionnaires pour enfants, des dictionnaires pour collégiens ou des dictionnaires de noms propres, sans oublier en 1992 le Dictionnaire historique de la langue française (2 vol., in-4°), synthèse des informations recueillies par les chercheurs de ce demi-siècle, et ouvrage qui renoue utilement avec un genre qu'avait tenté d'imposer l'Académie au XIXe siècle, sans succès.

Outre leur compétence de lexicographe et de dictionnariste, Josette Rey-Debove et Alain Rey nous ont offert par ailleurs d'importants ouvrages théoriques sur la lexicologie et la lexicographie. Ils auront indéniablement marqué la seconde moitié du siècle.



Quillet, Flammarion et Hachette

Aristide Quillet
, tout comme Pierre Larousse, était un autodidacte, et tout naturellement sa production lexicographique s'orienta vers le dictionnaire encyclopédique. Il faut signaler notamment parmi les ouvrages qui seront issus de la maison d'édition qu'il a créée le Dictionnaire encyclopédique de 1950, en 5 volumes, auquel s'ajouteront deux Suppléments (1952, 1963). Raoul Mortier, qui dirige ce dictionnaire conçu à partir d'un nombre réduit de collaborateurs, des enseignants et des techniciens en particulier, choisit de donner à ce dictionnaire une tonalité didactique, avec de nombreux tableaux synoptiques et un soin tout particulier pour clarifier les informations encyclopédiques.
Depuis 1940 et réédité plusieurs fois, avec 40 000 mots dans sa première édition, le Quillet de la langue française (3 vol., in-8°) représente, avant le Lexis de 1979 (Larousse), le premier dictionnaire de langue à présenter des illustrations.

C'est tardivement que les éditions Hachette, à qui on doit le Littré, reprirent le chemin de la lexicographie avec en 1980 le Dictionnaire Hachette (1 vol., in--4°), préfacé par Roland Barthes, un peu plus de cent ans après la parution du Dictionnaire de la langue française.

Chaque année désormais, en même temps que le Petit Larousse paraît donc le Dictionnaire Hachette, disponible depuis 1995 sur cédérom, le multimédia représentant en effet un secteur en pleine expansion chez Hachette.

Enfin, en 1995 était publié à l'occasion du sixième sommet de la Francophonie, à Cotonou, le Dictionnaire Universel Afrique édité conjointement avec l'Aupelf-Uref. Et, en 1998, ce Dictionnaire francophone est pérennisé en devenant le Dictionnaire universel francophone contenant, entre autres unités lexicales, environ 10 000 mots de l'univers francophone.



Le TLF : Paul Imbs, Bernard Quemada


La plus grande aventure lexicographique de ce demi-siècle est sans conteste celle de l'élaboration du Trésor de la langue française (le TLF) : plus de 90 000 mots traités dans le cadre de 16 volumes in-quarto (25 000 pages environ) publiés entre 1971 et 1994, avec pour directeurs P. Imbs, jusqu'au septième volume, et B. Quemada, du huitième au seizième, l'addenda étant sous la direction de G. Gorcy.
C'est lors du Colloque organisé en novembre 1957 à Strasbourg qu'était esquissé ce projet grandiose. Y participait B. Quemada, pionnier de la lexicographie assistée par les machines mécanographiques d'abord, informatiques ensuite. Dès 1977, il devait prendre la direction du TLF après avoir assuré la programmation de la documentation informatisée nécessaire à l'élaboration du dictionnaire papier, une documentation informatisée sur la langue française qui fit l'admiration de tous les pays, de par son ampleur et sa qualité. Élaboré dans le cadre du CNRS, ce dictionnaire de la langue du XIXe et du XXe siècle a indéniablement bénéficié de directeurs de très grand talent avec P. Imbs qui l'a fait naître et B. Quemada qui lui a donné sa dimension moderne et son rayonnement international.
Soutenu dès 1959 par le gouvernement qui souhaitait favoriser des projets d'envergure – l'acquisition du plus gros ordinateur existant dans les années 1960, le Gamma Bull 60, en est le symbole –, le projet s'appuyait déjà en 1969 sur près de 80 millions d'unités-mots disponibles grâce à un remarquable programme de saisie de textes sur bandes perforées. En 1977, le dictionnaire s'insère dans un sous-ensemble du CNRS, l'Institut National de la langue française, l'INaLF, créé par B. Quemada qui fédère ainsi nombre de laboratoires et d'excellents linguistes qui se mettent au service de la langue française.
D'autres dictionnaires installés dans cette institution viennent compléter la description de la langue française tout au long de l'histoire de notre langue.
Citons notamment le Dictionnaire du Moyen Français dirigé par un autre très grand linguiste, Robert Martin, qui dirigea l'INaLF de 1992 à 1996. Il importe de souligner qu'à l'identique du dictionnaire de l'Académie, il s'agit ici d'un dictionnaire institutionnel qui ne doit rien dans sa conception à l'entreprise privée. Il résulte en effet du seul souci de la recherche.



L'INaLF et l'internet...

L'INaLF, créé et dirigé par B. Quemada, puis par R. Martin, et depuis 1997 par B. Cerquiglini, a su gérer l'avance énorme qu'avait le TLF grâce à l'informatisation de sa documentation.
Deux chantiers ont rapidement été ouverts : d'une part l'informatisation du dictionnaire et d'autre part la mise à disposition auprès des chercheurs de la banque de données qui a irrigué le dictionnaire pendant son élaboration et qui ne cesse d'être enrichie.

Le premier enjeu a consisté à informatiser le TLF pour pouvoir en disposer sur support électronique. Ce sera bientôt chose faite. C'est en effet un énorme travail que de transformer toutes les données présentées sur papier et de reconvertir les bandes de composition lorsque celle-ci existent, mais il sera bientôt possible de disposer de ce formidable dictionnaire avec trois niveaux de consultation : la lecture article par article en visualisant tel ou tel type d'information, la consultation transversale, par exemple tous les mots d'origine germanique, et la consultation croisée, par exemple tous les termes de marine en rapport avec la manoeuvre des voiles.

Enfin, un second enjeu consiste à faciliter la consultation de la base de données pour tous les chercheurs, et ici Internet est venu à point nommé pour rendre désormais facile la consultation sur simple abonnement. Il s'agit de Frantext, mondialement connu, qui rend accessible en interactif 180 millions de mots-occurrences résultant du traitement informatique de cinq siècles de littérature, avec plusieurs milliers de textes offerts. L'information ainsi accessible a quelque chose de vertigineux. Il ne fait pas de doute que les productions de l'INaLF sont déjà installées au cœur du XXIe siècle.

Conclure n'est guère possible. L'aventure commencée au XVIe et XVIIe siècle ne s'achève pas avec les supports électroniques qui, bien au contraire, la relancent avec des horizons apparemment sans limite. Laissons le dernier mot à un maître des mots, Bernard Cerquiglini, qui, en 1992, déclarait dans la lettre de la délégation générale à la langue française que " le dictionnaire résume, concentre et représente, aux yeux de beaucoup, la langue elle-même, avec laquelle il a une relation essentielle, bien que jamais achevée. Monolingue, bilingue ou plurilingue, classique ou plus moderne, général ou spécialisé, de l'humble glossaire terminologique dont le but est précis à la fascinante encyclopédie qui dit "tout sur tout", c'est un monde de dictionnaires qui encadre et organise notre vocabulaire et notre réflexion ".



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