Accueil du musée des dictionnaires

Les dictionnaires de la langue française : une histoire et une dynamique



   Accueil du Musée Virtuel Présentation
  du Musée


   Histoire des dictionnaires Histoire des
  Dictionnaires


   Recherche chronologique Recherche
  Chronologique


   Recherche par auteur Recherche par
   Auteurs


   bibliographie Bibliographie

   équipe éditoriale Equipe
  éditoriale


   actualités Actualités



Chercher sur le Musée :



Du Moyen Âge à la Renaissance : des gloses aux dictionnaires bilingues

Le dictionnaire est un outil destiné à résoudre les questions que l'on se pose sur les mots, il représente d'une certaine manière notre premier outil didactique. Il ne serait pas totalement faux d'affirmer qu'il est né des difficultés rencontrées par les élèves.
En effet, les gloses – c'est-à-dire les remarques explicatives ajoutées brièvement en marge ou entre les lignes, destinées à commenter dans les ouvrages de grammaire latine ou d'enseignement du latin les passages difficiles – sont instaurées pour aider les clercs qui ne maîtrisent pas parfaitement le latin. Lorsque les gloses sont regroupées, on aboutit à un glossaire, le plus célèbre étant celui de Reichenau (VIIIe siècle) qui rassemblait un peu plus d'un millier de mots difficiles d'une vulgate de la Bible, avec leur traduction en un latin plus facile ou en langue romane.
Le dictionnaire bilingue, et à terme le dictionnaire monolingue, sont déjà là en germes. En vérité, traduire puis expliquer en ajoutant un commentaire lorsque la traduction se révèle insuffisante, c'est déjà forger les premières définitions.

Avec la Renaissance et le goût des voyages formateurs au sein de l'Europe naissent des dictionnaires plurilingues, le plus célèbre d'entre eux restant sans aucun doute le Dictionarum ou Dictionnaire polyglotte de l'érudit italien Ambrogio Calepino (v. 1440-1510). Cet ouvrage d'abord consacré en 1502 aux seules langues latine, italienne et française comptera dans ses dernières éditions plus de dix langues mises en parallèle. On désignait déjà ce type d'ouvrage par le nom de son auteur, le Calepin, comme plus tard le Littré, le Larousse, le Robert.
Mais dès le XVIIe siècle, le "calepin" s'assimile à un recueil de notes pour bientôt devenir le "petit carnet" glissé dans une poche, singulière réduction de l'in-folio originel. Au XVIe siècle, la langue française est encore une langue fluente, elle reste très mouvante, même si les poètes de la Pléiade, Du Bellay en tête, s'emploient à la valoriser et à lui donner un statut littéraire indiscutable avec, notamment, la Défense et illustration de la langue française publiée en 1549.

Dix ans auparavant, François 1er avait imposé par l'édit de Villers-Cotterêts la langue française, celle du Nord, comme langue administrative, le latin n'était plus dès lors la langue écrite prépondérante. Et les langues d'oc perdaient par là même toute légitimité. Paraissait à la même date, 1539, le tout premier dictionnaire où les mots français venaient en premier dans la nomenclature, avec leur traduction en latin suivie parfois de quelques explications en français : le Dictionnaire françois-latin contenant les motz et manieres de parler françois tournez en latin (1 vol., in-folio) de Robert Estienne.
En 1531, l'imprimeur érudit avait publié le Dictionarium seu Linguae latinae thesaurus, dictionnaire latin-français, et il eut l'idée en 1539 de l'inverser, en présentant en premier les mots français. Le premier dictionnaire français, ou plus précisément français-latin, était né, le processus conduisant au dictionnaire monolingue français-français était amorcé.
Pour l'heure, le mot français est suivi du mot latin, auquel s'ajoute parfois des explications en français, mais il suffira de faire disparaître le latin en ne gardant que les mots français pour bénéficier d'un dictionnaire de mots français suivis de définitions dans la même langue.

Jean Nicot (1530-1600) participera à la réédition de ce dictionnaire en 1573, puis sera publié à titre posthume, en 1606, le Thresor de la langue françoise tant ancienne que moderne (1 vol., in-folio), une reprise améliorée du dictionnaire de Robert Estienne, offrant une plus grande place aux définitions.
Qu'un dictionnaire nouveau s'inspire plus ou moins largement des précédents, voilà qui est une constante inévitable dans ce genre "littéraire". À y bien réfléchir, on pourrait d'ailleurs s'interroger sur l'avantage qu'il y a à transformer une définition parfaite pour éviter l'accusation de plagiat. La langue n'appartient à personne, mais cependant une définition de dictionnaire reste la propriété de l'éditeur. Il faudrait pouvoir citer la définition du concurrent...



L'Antiquité et le Moyen Âge | Le XVIIe siècle | Le XVIIIe siècle
La première moitié du XIXe siècle | La seconde moitié du XIXe siècle | Le XXe siècle