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· Volonté

  • volonté. Puissance intérieure par laquelle l’homme et aussi les animaux se déterminent à faire ou à ne pas faire.
  • décider. Porter un jugement sur une chose douteuse ou contestée. L’Église a décidé ce point. 4° Décider une chose, en prendre la résolution.
  • persévérer. Demeurer toujours dans la même manière d’être. 2° Pris absolument, il signifie persévérer dans le bien.

87. VOLITION, VOLONTÉ. La volonté est la “faculté de vouloir” ; la volition est un “acte de la volonté”.

88. PERSÉVÉRER, PERSISTER. L’action de persister suppose de la fermeté ou de l’énergie ; celle de persévérer, de la constance : on persiste opiniâtrement, on persévère jusqu’à la fin. Qui persiste ne faiblit ni ne cède ; qui persévère ne se lasse pas. On persiste dans les choses où il y a lieu de montrer de la fermeté, dans une résolution ou une affirmation ; on persévère dans celles où patience et longueur de temps font tout, Lafaye.

89. CONSTANT, FERME. Celui qui est constantreste semblable à lui-même”. Celui qui est ferme “résiste”. Un homme ferme dans l’adversité est celui qui “ne cède pas au coup qu’il reçoit”. Un homme constant dans l’adversité est celui que “l’adversité ne change pas” et qui la supporte sans se laisser troubler. Aussi la constance a-t-elle lieu de s’exercer dans la prospérité, tandis que la fermeté veut quelque chose qui nous assaille.

90. FERMETÉ, CONSTANCE. L’homme ferme “résiste à la séduction”, aux forces étrangères, à lui-même. L’homme constant “n’est point ému” par de nouveaux objets. On peut être constant avec une âme pusillanime, un esprit borné ; mais la fermeté ne peut être que dans un caractère plein de force, d’élévation et de raison. La légèreté et la facilité sont opposées à la constance ; la fragilité et la faiblesse sont opposées à la fermeté, Encyclopédie, VI, 527.

91. ASSURER, AFFERMIR. Assurer, c’est “rendre sûr”. Affermir, c’est “rendre ferme”. On assure un navire sur ses ancres ; on affermit une muraille par de solides fondements.

92. AFFERMIR, RAFFERMIR, CONFIRMER. Le sens est donner de la fermeté. Ces trois verbes ne sont synonymes qu’au figuré. Cet événement m’affermit dans mon opinion ; “j’avais l’opinion, et il m’y rend ferme.” Il me raffermit dans mon opinion ; “j’étais ébranlé, il m’y rend ferme de nouveau.” Il me confirme dans mon opinion ; “j’avais l’opinion, rien ne l’a ébranlée ; ce qui survient ajoute une nouvelle raison pour y demeurer.”

93. CONSTANCE, FIDÉLITÉ. La constance suppose une sorte d’opiniâtreté et de courage, et ne suppose pas d’engagement. Fidélité suppose un engagement auquel on ne manque pas. On dit un amant heureux et fidèle, un amant malheureux et constant ; le premier est engagé, l’autre ne l’est pas, Alembert (d’).

94. ENDURANT, PATIENT. Le patient est celui “qui a de la patience” ; l’endurant, celui “qui endure” : aussi patient est-il plus général que endurant. L’idée de choses dures n’étant pas dans patient, ce mot s’applique à tout ; on est patient à attendre aussi bien qu’à supporter. Le chat est patient quand il guette une souris ; mais ce n’est pas un animal d’un naturel endurant.

95. INEXORABLE, INFLEXIBLE, IMPITOYABLE, IMPLACABLE. L’étymologie donne les nuances qui séparent l’emploi de ces quatre mots. L’inexorable est celui qui “ne se rend pas aux prières”. L’inflexible est celui que rien “ne peut faire plier, fléchir”. L’impitoyable est celui qui est “sans pitié”. L’implacable est celui dont rien “ne peut apaiser la colère, la vengeance, le ressentiment”.

96. OBSTINÉ, OPINIÂTRE. Obstiné est, étymologiquement, celui qui “se fixe, s’attache avec ténacité”. Opiniâtre vient d’opinion, avec la finale péjorative âtre. Ces deux mots, à moins de quelque modificatif, marquent un excès. Mais, comme obstiné est en même temps le participe du verbe obstiner, il marque plus particulièrement un acte, tandis que opiniâtre marque plutôt un état habituel : obstiné dans cette résolution ; opiniâtre dans ses résolutions.

97. INFATUER, ENTÊTER. D’après l’étymologie s’infatuer d’une chose, c’est “s’y attacher d’une manière folle” ; s’y entêter, c’est la “fixer dans sa tête d’une manière opiniâtre”. Il y a donc dans infatuer une idée de folie qui n’est pas dans entêter. On peut s’entêter d’une idée vraie contre l’opinion commune ; on ne peut pas s’en infatuer.

98. TÊTU, ENTÊTÉ. Le têtu et l’entêté sont “attachés à leur sens, et tellement livrés à leurs idées qu’ils n’écoutent rien” ; mais le têtu l’est par nature, par caractère ; l’entêté l’est par accident, par suite d’une impression reçue, parce qu’il lui est arrivé de se laisser prévenir : aussi le défaut du têtu est irrémédiable, tandis qu’on désabuse quelquefois l’entêté.

99. ENTÊTÉ, TÊTU. On est entêté “quand on s’est mis quelque chose dans la tête, quand on s’est entêté de quelque chose”. On est têtu, quand naturellement, et sans avoir été entêté de quelque chose, on “tient à ses volontés, à ses idées”. Mais, dans l’usage, entêté se rapproche tellement de têtu, qu’ils se confondent l’un et l’autre.

100. DÉCISION, RÉSOLUTION. La décision est un “acte de l’esprit et suppose l’examen”. La résolution est un “acte de la volonté et suppose la délibération”. La première attaque le doute et fait qu’on se déclare. La seconde attaque l’incertitude et fait qu’on se détermine. Il semble que la résolution emporte la décision et que celle-ci puisse être abandonnée de l’autre, Girard.

101. OPTER, CHOISIR. On opte en se déterminant pour une chose, parce qu’on ne peut les avoir toutes. On choisit en comparant les choses, parce qu’on veut avoir la meilleure. Entre deux choses parfaitement égales, il y a à opter, mais il n’y a pas à choisir. Entre la députation de Lyon et celle de Paris, il opta pour celle de Paris. Nous n’optons que pour nous, mais nous choisissons quelquefois pour les autres.

102. BALANCER, HÉSITER. Bien que dans l’usage ces mots s’emploient aisément l’un pour l’autre, néanmoins ils présentent à l’esprit une image complètement différente. Celui qui balance est porté alternativement d’un côté et puis d’un autre ; c’est pour cela qu’il ne se décide pas. Celui qui hésite est attaché, arrêté à un certain point ; il ne va pas en avant ; c’est pourquoi il ne prend pas de parti. On hésite devant un obstacle ; on balance entre divers objets. En général, celui qui balance a plusieurs partis à prendre ; celui qui hésite peut n’en avoir qu’un. Je balance à répondre veut dire : “je ne sais si je dois me taire ou parler” ; j’hésite à répondre veut dire : “je sens qu’il faut parler, mais je suis embarrassé pour le faire”.

103. INCERTITUDE, IRRÉSOLUTION. Un esprit incertain est un esprit qui “n’est pas certain” de ce qu’il fera ; un esprit irrésolu est un esprit qui “ne prend pas de résolution”. Athalie, dont Racine dit que l’âme était incertaine, n’était pourtant point irrésolue ; et, quand son esprit était fixé, elle savait se résoudre.

104. IRRÉSOLU, INDÉCIS. Irrésolu, indécis, irrésolution, indécision, sont très voisins de signification ; il n’y a de différence que dans la métaphore ; le premier offre à l’idée un nœud qu’on ne peut dénouer ; le second, quelque chose qu’on ne peut trancher.

105. HUMEUR, CAPRICE. Ces deux mots, en tant que synonymes, désignent un “sentiment vif et passager” dont nous sommes affectés, sans que la cause soit égale à l’effet. Il y a cette différence que le caprice n’implique pas nécessairement quelque chose de déplaisant, tandis que la déplaisance est inhérente à l’humeur.

 

 

Édition : Frédéric Glorieux (École nationale des chartes)