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· Réceptions

  • réception. Action par laquelle on reçoit. 3° Manière de recevoir une personne, accueil.

292. ADMETTRE, RECEVOIR. C’est “donner entrée ou accès”. La différence est que celui qui admet prend une détermination qui lui est propre, et que celui qui reçoit consent à ce qui lui est proposé. On admet quelqu’un qu’on désire, qu’on trouve digne, etc. On reçoit celui qui est présenté. On admet une vérité qu’on a examinée. On reçoit une opinion sur parole, par tradition.

293. CONVIER, INVITER. Ces deux verbes ne sont synonymes que quand convier prend le sens général d’inviter. Mais comme le sens propre en est inviter à un banquet, à une solennité, il garde, dans l’acception détournée que l’usage lui a donnée, une nuance qui dérive de l’acception primitive et a quelque chose de plus solennel ou de plus amical qu’inviter : On l’invita à prendre sa place ; le Cid convie les chefs des Maures vaincus à se rendre.

294. ABORDER, AVOIR ACCÈS, APPROCHER. On a accès où l’on entre. On aborde les personnes à qui l’on veut parler. On approche celles avec qui l’on est souvent. Qui a beaucoup de connaissances peut avoir accès en beaucoup d’endroits. Qui a de la hardiesse aborde sans peine tout le monde. Qui joint à la hardiesse un esprit souple et flatteur peut approcher les grands avec plus de succès que d’autres, Guizot Aborder marque un fait, avoir accès, une faculté, et approcher, une habitude, Lafaye.

295. JOINDRE, ACCOSTER, ABORDER. On joint les personnes qu’on va chercher. On accoste une personne que l’on rencontre et que l’on connaît ou que l’on ne connaît pas. On aborde une personne que l’on connaît.

296. AMUSER, DIVERTIR. Amuser, c’est “faire passer le temps avec agrément”, s’il s’agit de quelque chose qui plaît. Mais cela aussi explique pourquoi amuser a, en outre, le sens d’“abuser, de repaître de vaines espérances”. Divertir, c’est, étymologiquement, “détourner l’esprit”, et, au sens que ce verbe a pris, tourner l’esprit vers des choses agréables. Aussi divertir est-il plus expressif qu’amuser, et les divertissements sont plus vifs que les amusements. L’usage de la conversation tend beaucoup à délaisser le verbe divertir, et par conséquent à donner à amuser tout le terrain que perd celui-là. Mais, en écrivant, on fera bien d’avoir devant les yeux la nuance qui les sépare.

297. AFFLUENCE, CONCOURS. Il n’est pas besoin d’indiquer que ces deux mots diffèrent essentiellement de multitude et de foule, par l’idée de mouvement qui y est incluse. Concours et affluence se confondent souvent ; pourtant toutes les fois qu’il importera de distinguer l’“arrivée en masse d’une foule” ou l’“arrivée successive d’une foule”, on se servira dans le premier cas de concours et dans le second d’affluence.

298. BACCHANALE, BACCHANAL. Un bacchanal, c’est “un grand bruit, un grand tapage”. Une bacchanale ajoute au bruit le sens de “fête désordonnée ou de débauche”.

299. ORGIE, BACCHANALE. Il y a une nuance entre ces deux mots qui se prennent souvent l’un pour l’autre. Une bacchanale est une “réunion de débauche” où il y a beaucoup de bruit, tandis qu’une orgie “peut n’être qu’un souper d’amis où l’on a trop bu”.

300. PARASITE, ÉCORNIFLEUR. Gens qu’on appelle trivialement “piqueurs d’assiettes, chercheurs de franches lippées”, parce qu’ils font métier d’aller manger à la table d’autrui. Le parasite paie en empressements, en complaisances, en bassesses, sa commensalité. L’écornifleur mange ; voilà tout. Il y a des parasites que l’on est bien aise de conserver ; il n’y a pas un écornifleur dont on ne tâche de se défaire, Roubaud.

301. IMPORTUN, FÂCHEUX. La différence qu’il y a entre ces deux mots, c’est que celui qui fâche ou ce qui fâche peut n’être fâcheux qu’une fois, tandis que celui qui importune ou ce qui importune est fâcheux d’une manière répétée, continue. Un importun vous assiège ; un fâcheux vous cause un ennui. Un souvenir importun vous poursuit ; un souvenir fâcheux vous cause de la peine.

 

 

Édition : Frédéric Glorieux (École nationale des chartes)