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· Chimie

  • chimie. Science dans laquelle on étudie les lois de la composition des corps cristallisables ou volatils, naturels ou artificiels, et les lois des phénomènes de combinaison ou de décomposition résultant de leur action moléculaire les uns sur les autres. Chimie minérale, celle qui s’occupe des corps inorganiques. Chimie organique, celle qui s’occupe des substances organisées.

806. MÉLANGER, MÊLER. Mélanger vient de mélange ; mélange vient de mêler ; ces deux verbes ont même radical. Aussi ne diffèrent-ils que par la nuance qui est dans mélange. Un cabaretier mélange son vin, c’est-à-dire qu’“il y introduit d’autres vins ou d’autres substances” ; si l’on disait qu’il mêle ses vins, cela signifierait qu’il confond les différentes espèces de vins entre elles. Au figuré, les races sont mêlées, quand dans un même pays il y a “plusieurs races y vivant ensemble” ; elles sont mélangées quand “elles font des croisements” ; les intérêts sont mêlés quand ils sont “impliqués les uns dans les autres”, ils sont mélangés quand ils sont “de diverses natures”.

807. MÉLANGE, COMBINAISON. Le mélange diffère de la combinaison chimique ; il se fait en toute proportion ; il ne s’accompagne d’aucun des phénomènes de la combinaison, comme le dégagement de chaleur, de lumière, etc. ; il produit seulement du froid lorsque le mélange présente un état différent de celui des corps mélangés ; les propriétés des éléments du mélange sont masquées, mais non changées d’une manière durable, elles le sont dans la combinaison.

808. SUBSTANCE ORGANISÉE, SUBSTANCE ORGANIQUE. La première est celle qui “présente la texture propre à la vie”, soit qu’elle fasse actuellement portion d’un être vivant, soit qu’elle en ait été séparée ou qu’elle ait cessé de vivre. La seconde est toute substance définie qui, “tirée des corps vivants”, est susceptible de cristalliser ou de donner des composés cristallisables et de se volatiliser à une température fixe. Un muscle, un nerf sont des substances organisées ; l’albumine, la fibrine sont des substances organiques.

809. AMIDON, FÉCULE. En chimie amidon et fécule sont des synonymes parfaits ; mais l’usage auquel on applique la substance qu’ils désignent leur donne une acception différente. Ainsi, dans les arts, la fécule des céréales s’appelle amidon ; appliquée à l’alimentation et à la thérapeutique, la fécule de pomme de terre garde le nom de fécule, et l’on dit aussi fécule d’arrow-root. Amidon est une expression spécifique ; fécule un terme générique, Legoarant.

810. LIQUIDE, FLUIDE. Tout liquide est fluide ; mais tout fluide n’est pas liquide. Fluide s’applique aussi au gaz, tandis que liquide ne se dit que des corps qui restent comme l’eau dans le vase où on les met.

811. LIQUEUR, LIQUIDE. Autrefois on appelait liqueur toute “substance liquide” ; c’est ainsi que Pascal a écrit un livre de l’équilibre des liqueurs ; nous dirions aujourd’hui des liquides, c’est le terme générique ; liqueur ne s’emploie que pour certains liquides déterminés.

812. FONDRE, LIQUÉFIER. Fondre et liquéfier sont souvent employés l’un pour l’autre ; mais on peut tâcher de distinguer, en disant que fondre s’emploie aussi bien en parlant des métaux, du verre et autres substances qui, pour devenir liquides, exigent un haut degré de température, que des substances qui n’en exigent que très peu ; tandis qu’on se sert plus volontiers de liquéfier pour la cire, le suif, etc. qui deviennent liquides au moyen d’une chaleur beaucoup moindre, Legoarant.

813. ÉBULLITION, EFFERVESCENCE. Ces deux mots ne peuvent être rapprochés à titre de synonymes que quand il s’agit du mouvement présenté par une liqueur non soumise à la chaleur. L’ébullition est la “formation de bulles” : ainsi le vin de champagne présente une ébullition ; l’effervescence est aussi une “formation de bulles, mais avec dégagement de chaleur”, ce qui n’a pas lieu dans l’ébullition.

814. ÉVAPORER, VAPORISER. Employés en parlant de liquides, ces mots peuvent être distingués en ce que par l’évaporation on laisse perdre la vapeur dans l’atmosphère, tandis qu’on la recueille par la vaporisation. On vaporise de l’eau pour utiliser la vapeur aqueuse comme force motrice. On évapore un extrait, un sirop, pour les concentrer, c’est-à-dire afin d’en augmenter la densité en diminuant la quantité du liquide qu’ils contiennent, Legoarant. De plus l’évaporation se fait même à une température basse, tandis que la vaporisation se fait à la température de l’ébullition.

815. VAPORISATION, ÉVAPORATION. L’eau abandonnée à l’air s’évapore, et l’eau qui bout se vaporise ; dans le premier cas, la vapeur se forme à la surface ; dans le second, elle se forme principalement dans la masse. Au mot vaporisation, on attache des idées de force motrice ou de puissance calorifique qui ne sauraient convenir à celui d’évaporation. L’eau vaporisée peut animer une machine, et l’on n’obtiendrait aucun résultat semblable avec la vapeur que l’eau engendre à sa surface, Legoarant.

816. VAPEUR, GAZ. On peut faire entre la vapeur et le gaz cette différence, qu’un gaz est permanent à la température et sous la pression atmosphérique ordinaires, tandis que, dans les mêmes circonstances, la vapeur se résout en eau, ou en un autre liquide.

817. ÉVAPORÉ, ÉVENTÉ. Au sens propre, “une liqueur est évaporée quand sa substance s’est dissipée en vapeur” ; “elle est éventée, quand le parfum qui la distinguait s’est dissipé, quoique la substance puisse rester”. L’eau s’évapore et ne s’évente pas. Une bouteille de vin est éventée, si le vin a perdu son arôme. Au figuré, l’évaporé tient plus de la légèreté de la conduite ; éventé tient plus de l’étourderie des manières. Une coquette a des airs évaporés, mais elle n’a pas des airs éventés.

818. LE CHAUD, LA CHALEUR. Le chaud est la qualité de tout ce qui est chaud ; la chaleur est la “qualité active” qui fait qu’un corps est chaud. On sentira la nuance dans ces phrases : le chaud du jour, la chaleur du jour. Le chaud du jour, c’est le temps où le jour est le plus chaud ; la chaleur du jour est l’impression qu’un jour chaud nous fait sentir. Nous sortîmes au chaud du jour (plutôt que pendant la chaleur du jour). La chaleur du brasier (et non le chaud) était si grande. Dans les qualités élémentaires qu’ils admettaient, les anciens comptaient le chaud (non la chaleur).

819. ABSORBER, ENGLOUTIR. Idée commune, “disparition de la chose” qui est absorbée ou engloutie. Mais absorber indique une action successive, et engloutir, une action faite d’un seul coup. On absorbe peu à peu ; on engloutit à la fois. Un fleuve s’engloutit dans un abîme, il s’absorbe dans les sables. Un patrimoine est englouti dans une fausse spéculation ; il est absorbé par les procès. Au figuré, la synonymie cesse. On est absorbé dans ses peines, dans sa douleur, (mais non englouti).

820. BLUETTE, ÉTINCELLE. La bluette est moins brillante que l’étincelle ; elle fait moins d’éclat ; elle s’éparpille moins.

821. DEUTO-, BI-. Deuto indique l’ordre des composés des mêmes éléments, et bi la quantité absolue de l’élément négatif. Ainsi, le protoxyde de manganèse contenant une partie de manganèse et une partie d’oxygène, l’oxyde rouge, qui contient 4 d’oxygène sur 3 de manganèse, serait un deutoxyde par rapport au premier. Mais il est loin d’être le bioxyde qui contient 2 d’oxygène contre 1 de manganèse. Les préfixes sesqui, bi, tri, etc. représentent donc des quantités relatives beaucoup mieux connues que proto, deuto, trito, etc. et se rapportent à une connaissance plus avancée. Aussi sont-ils préférés aujourd’hui.

 

 

Édition : Frédéric Glorieux (École nationale des chartes)