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· Géographie

  • géographie. Science qui a pour objet de connaître les différentes parties de la superficie de la terre, d’en assigner les situations réciproques et d’en donner la description.

845. RÉGION, PAYS, CONTRÉE. Ces mots servent à désigner les divisions de la terre. Pays vient du latin payus, “village” : “ce qui est autour du village” ; contrée vient du latin contra, “en face” : “ce qui est en face” ; région vient du latin regere, “diriger”, ce qui est dans une certaine direction. Région par rapport à pays indique quelque chose de plus indéterminé ; l’Europe est une région, (et non un pays). La France est un pays (et non une région). Par rapport à contrée, il y a cette différence que contrée se dit des plus petites étendues (suivez ce ruisseau, la contrée est pittoresque), tandis que région ne peut se prendre ainsi ; d’autre part, région a une idée de compartiment qui n’est pas dans contrée ; on dit la région des neiges éternelles, (et non la contrée). Pays et contrée ont cela de commun qu’ils peuvent se dire de petites étendues : une contrée boisée, un pays boisé ; mais, en vertu de leur étymologie, contrée est moins déterminé que pays : la France est un pays (et non pas une contrée).

846. TERROIR, TERREIN, TERRITOIRE. Terroir se dit de la terre en tant qu’il s’agit de l’étendue d’un canton considérée “par rapport aux productions de la terre” ; terrein, d’un espace plus circonscrit considéré “par rapport à ce qu’on y peut faire” ; territoire, en tant qu’il s’agit de “juridiction”.

847. ENTOURER, ENVIRONNER. Les environs s’étendent plus loin que les entours ; donc entre ce qui environne et ce qui est environné, l’éloignement est plus grand qu’entre ce qui entoure et ce qui est entouré. Une ville environnée de riches campagnes, signifie qu’elle a, “même au loin, autour d’elle de riches campagnes”. Une ville entourée de coteaux, signifie que “les coteaux lui font une sorte d’enceinte”.

848. SITUATION, POSITION. [Au propre] Situation est plutôt “relatif à la manière dont un objet est placé” ; position plutôt “relatif au lieu où il est” : La position d’un lieu ; la situation d’un domaine.

849. SITUATION, ASSIETTE. Situation est plus général qu’assiette, qui ne se dit que de ce qui peut être considéré comme assis. On dira l’assiette ou la situation d’une ville ; (mais on ne dira pas l’assiette d’un domaine).

850. HAUTEUR, ALTITUDE. Ce sont des termes de géographie. Ils expriment tous deux l’“élévation d’un lieu au-dessus d’un certain niveau”. Hauteur est plus général, il se dit aussi bien de l’élévation au-dessus du sol que de l’élévation au-dessus du niveau de la mer. Altitude ne se dit que de l’“élévation au-dessus du niveau de la mer”. De plus altitude ne s’emploie pas pour une évaluation : on ne dit pas l’altitude de cette montagne est de tant de mètres, mais la hauteur en est de tant de mètres.

851. ÉLÉVATION, HAUTEUR. Tant que dans l’élévation on considère l’“action d’élever ou de s’élever”, élévation est différent de hauteur : l’élévation du ballon au-dessus des nuages (et non la hauteur du ballon) ; hauteur signifiant “la distance qui sépare un objet supérieur d’un objet inférieur”. Mais quand, dans élévation, on considère le résultat de cette action, alors hauteur et élévation se rapprochent tout à fait : l’élévation du pôle ou la hauteur du pôle ; une élévation de terrain ou une hauteur sont sensiblement synonymes. Mais, figurément, les deux mots se séparent : l’élévation du caractère est une “qualité qui élève le caractère au-dessus des choses basses” ; la hauteur est un défaut qui, “dans notre idée ou dans nos manières, nous place au-dessus des autres”.

852. LEVER, HAUSSER. La différence primitive est dans la situation de ce qu’on hausse ou lève. Hausser s’applique à ce qui est bas ; lever à ce qui est étendu. Ce tableau est trop bas, haussez-le. Cette planche est à terre, levez-la.

853. LEVANT, ORIENT. Il est une différence particulière entre Levant et Orient, quand ces deux mots sont pris dans le sens géographique. Le Levant désigne la “côte occidentale de l’Asie”, c’est-à-dire toute celle qui est sur la Méditerranée. L’Orient désigne toute la “partie de l’Asie qui est au delà, la Perse, l’Inde, la Chine, le Japon”.

854. LEVANT, ORIENT, EST. Levant et orient sont exactement synonymes, ne différant que par le style où on les emploie. Orient se dit plutôt dans le style élevé ; levant dans le style technique et de marine. L’est est un des points cardinaux ; dans son sens propre, il signifie le “point de l’équateur céleste où le soleil se lève” ; tandis que levant et orient désignent l’“espace compris entre les deux tropiques” ; aussi y a-t-il un levant d’hiver et un levant d’été, mais il n’y a qu’un est.

855. OUEST, OCCIDENT, COUCHANT. L’ouest est proprement le “point où le soleil se couche à l’équinoxe” ; l’occident ou le couchant c’est le côté tout entier. Ces sens se confondent très facilement : toutefois, si l’on parle des points cardinaux, on ne dira pas l’occident.

856. BORD, CÔTE, RIVE, RIVAGE. En général la “bande de terre qui limite et contient une eau”. Bord est le terme le plus général ; toute eau a des bords ; au lieu que la côte ne se dit que de la mer et s’élève au-dessus des flots qu’elle domine. Bord exprimant “ce qui borde, ce qui contient”, et côte “ce qui domine et est élevé”, rive et rivage expriment ce qui n’a ni l’une ni l’autre de ces conditions, et ne sont considérés que comme la langue de terre adjacente à un cours d’eau. La mer, les fleuves, les grandes rivières, qui ont seuls des rivages, ont des rives comme les ruisseaux.

857. PÉNINSULE, PRESQU’ÎLE. Legoarant distingue ainsi : « Péninsule, “partie de terre s’avançant dans la mer et unie au continent par une ligne qui ne dépasse pas le quart du périmètre de la péninsule”, par opposition à presqu’île, qui est une “portion de terre environnée d’eau, excepté sur une petite longueur et jointe au continent par un isthme” : l’Arabie est une péninsule, tandis que la Morée est une presqu’île. » Cela n’est pas fondé sur l’usage, qui donne à presqu’île le sens général d’un espace quelconque presque entouré par la mer, et à péninsule le sens particulier de pays entouré par la mer. Une presqu’île peut être fort petite ; une péninsule est toujours grande.

858. CATARACTE, CASCADE. Ce qui distingue la cataracte de la cascade, c’est que celle-ci ne s’applique qu’aux ruisseaux, aux torrents, en un mot aux petits cours d’eau. D’ordinaire aussi “la cascade tombe de rocher en rocher”, au lieu que, “dans la cataracte, l’eau se précipite seulement d’un lieu très élevé en un bas-fond”.

859. FONTAINE, SOURCE. Étymologiquement, la fontaine est l’“eau de source” (aqua fontana) ; et la source est “ce qui sourd, ce qui jaillit”, ce qui fournit la fontaine. C’est là la nuance entre ces deux mots. La source indique ces canaux souterrains qui amènent à la surface l’eau des profondeurs ; la fontaine est l’eau qui s’élève à la surface du sol dans un bassin naturel ou artificiel. C’est pour cela qu’on nomme fontaines ces édifices qui dans les villes versent de l’eau.

860. SOMMET, CIME. Sommet est plus général que cime. Sommet se dit de toute “partie la plus élevée” ; cime, des montagnes, des rochers, des grands arbres : la cime ou le sommet d’une montagne ; mais le sommet de la tête (et non la cime).

861. VALLÉE, VALLON. Vallée signifie un espace plus étendu ; vallon en marque un plus resserré.

862. SINUEUX, TORTUEUX. Dans la chose sinueuse, on considère surtout les enfoncements ; dans la chose tortueuse, on considère surtout les plis et replis.

863. DÉTROIT, DÉFILÉ, GORGE, COL, PAS. Ces mots désignent des “passages étroits”. Le détroit est composé du mot étroit et signifie “passage resserré”. Le défilé est le passage “où l’on ne peut aller qu’à la file”. Quand détroit s’applique aux passages resserrés sur terre, il n’y a entre lui et défilé que la nuance qui résulte de l’étymologie : le détroit ou le défilé des Thermopyles, suivant que l’on considère seulement le resserrement de ce passage ou la nécessité d’y aller à la file. Mais aujourd’hui détroit ne se dit plus guère que des passages resserrés dans la mer ; dès lors le sens en est tout à fait distinct de défilé qui ne s’applique jamais à la mer. La gorge, dite métaphoriquement de la gorge des animaux, est une “entrée qui conduit dans les montagnes”, un passage entre des collines escarpées et de hauts rochers, ce qui la distingue du défilé, qui peut aussi être en terrain plat, par exemple quand il est formé par une langue de terre entre un marais et une rivière. Le col appartient aussi aux montagnes et indique le passage élevé qui conduit d’un versant à un autre. Enfin le pas, limité à quelques localités, le pas de Calais, le pas de Suze, le pas des Thermopyles, indique seulement qu’il y a là, sur terre ou sur mer, en plaine ou en montagne, un passage resserré.

864. ANTRE, CAVERNE, GROTTE. Caverne, “lieu vide, concave, en forme de voûte”, est le terme générique. L’antre et la grotte sont des cavernes ; mais l’antre est une “caverne profonde, obscure, noire” ; la grotte est une “caverne pittoresque, faite par la nature ou de main d’homme”.

865. HAMEAU, VILLAGE, BOURG. Ces trois termes désignent également un “assemblage de plusieurs maisonsdestinées à loger les gens de la campagne. La privation d’un marché distingue un village d’un bourg, comme la privation d’une église paroissiale distingue un hameau d’un village, Beauzée.

866. CITÉ, VILLE. Ville, plus général que cité, exprime seulement une “agglomération considérable de maisons et d’habitants”. Cité, même en éliminant le sens antique, ajoute à cette idée et représente la ville comme une “personne politique qui a des droits, des devoirs, des fonctions”.

867. VOIE, CHEMIN, ROUTE. Voie est le terme général ; il se dit de tout ce qui mène en quelque lieu : il n’est pas besoin que la main de l’homme y soit intervenue. Le chemin et la route sont toujours des voies frayées par la main de l’homme. Le chemin est une “voie de terre”. La route, dont le sens primitif ne se fait pas sentir, se dit aussi des voies par mer et des voies célestes. En général, ces trois mots sont employés indistinctement au sens tropique.

868. DÉSERT, INHABITÉ. Le lieu inhabité est celui qui est “sans habitants, sans habitations”. Un lieu désert non seulement est inhabité, mais encore offre à l’esprit quelque chose de sauvage, de reculé loin de toute culture et même de toute civilisation.

869. LIMON, FANGE, BOUE. Ces trois termes désignent de la “terre détrempée par l’eau”. Le limon est cette terre détrempée que les fleuves charrient et qu’ils déposent. La fange est de la terre détrempée par la pluie, par la neige, par une eau qui s’épanche, ainsi que la boue ; elle ne diffère de la boue que par l’emploi qu’on en fait : boue est de tous les styles ; fange est du style élevé.

870. AUTOCHTONE, INDIGÈNE, ABORIGÈNE. autochtone, qui est “de la terre même” ; indigène, qui est “ dans le pays” ; aborigène, qui est “dès l’origine dans un pays”. Indigène indique seulement les gens nés dans un pays ; idée à laquelle autochtone et aborigène ajoutent que le peuple dont il s’agit a été de tout temps dans le pays et n’y est pas venu par immigration. Les créoles sont indigènes des Antilles ; mais ils ne sont ni autochtones ni aborigènes. Entre autochtone et aborigène il n’y a que cette différence-ci, et qui est purement étymologique : autochtone rappelle à l’esprit l’opinion antique que l’homme naquit de la terre, tandis que aborigène n’implique rien sur la question d’origine.

871. DISETTE, FAMINE. Quand la famine règne, “on meurt de faim” ; quand la disette règne, “on a de la peine à se procurer les aliments”. La disette est moins grave que la famine : disette, “rareté d’aliments” ; famine, “absence d’aliments”.

 

 

Édition : Frédéric Glorieux (École nationale des chartes)