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· Langue

  • langue. Organe principal du goût, qui concourt à la déglutition et à la parole, et qui est formé essentiellement d’un muscle très mobile revêtu d’une membrane muqueuse. Tirer la langue. Montrer sa langue au médecin. 4° La langue considérée comme organe de la parole. 6° L’ensemble des règles qui régissent un idiome ; cet idiome considéré par rapport à sa correction. .

958. LANGAGE, LANGUE. Ces deux mots ne diffèrent que par la finale age qui, étant la finale aticus des latins, signifie “ce qui opère, ce qui agit”. C’est là ce qui fait la nuance des deux mots. La langue est plutôt la “collection des moyens d’exprimer la pensée par la parole” ; le langage est plutôt l’“emploi de ces moyens”. C’est la nuance que l’on aperçoit, par exemple, entre la langue française et le langage français. Pour la même raison on dit le langage par signes, le langage des yeux, (et non la langue par signes), la langue des yeux. La langue du cœur, ce sont les “expressions dont le cœur se sert d’ordinaire” ; le langage du cœur, ce sont les “émotions que le cœur fait partager”.

959. LANGUE, IDIOME. Langue désigne en général l’“expression des pensées par la parole d’après les principes communs à toutes les grammaires”. Idiome présente “la langue au point de vue des particularités propres à chaque nation”. Ainsi on dira : le projet d’une langue universelle, (et non d’un idiome universel) ; au contraire on dira l’idiome bourguignon, l’idiome picard, etc. (et non la langue bourguignonne, la langue picarde).

960. DIALECTE, PATOIS. Tant que, dans un pays, il ne se forme pas de centre et, autour de ce centre, une langue commune qui soit la seule écrite et littéraire, les parlers différents, suivant les différentes contrées de ce pays, se nomment dialectes ; on voit par là qu’il est tout à fait erroné de dire les dialectes dérivés de la langue générale ; le fait est que la langue générale, qui n’est qu’un des dialectes arrivé par une circonstance quelconque et avec toute sorte de mélanges à la préséance, est à ce titre postérieure aux dialectes. Aussi quand cette langue générale se forme, les dialectes déchoient et ils deviennent des patois, c’est-à-dire des parlers locaux dans lesquels les choses littéraires importantes ne sont plus traitées. Avant le XIVe siècle il n’y avait point en France de parler prédominant ; il y avait des dialectes ; et aucun de ces dialectes ne se subordonnait à l’autre. Après le XIVe siècle, il se forma une langue littéraire et écrite, et les dialectes devinrent des patois.

961. ÉNONCER, EXPRIMER. Énoncer sa pensée, c’est “la produire en termes précis et qui la font connaître nettement”. Exprimer sa pensée, c’est “y donner une forme quelconque”.

962. INEXPRIMABLE, INDICIBLE, INEFFABLE. Inexprimable est “ce qui ne peut être exprimé” d’une façon quelconque : une satisfaction inexprimable. Indicible est “ce qui ne peut être dit” ; la différence est la même qu’entre dire et exprimer ; de sorte qu’indicible désigne plus particulièrement ce qui ne peut être dit, c’est-à-dire exprimé par des paroles : un tumulte indicible éclata dans l’assemblée. Inexprimable et indicible sont de tous les styles. Ineffable n’est que du style élevé ; il indique ce “qui ne peut être prononcé”, à cause de la vénération qu’inspire l’objet : le nom ineffable de Dieu, et, par suite, des joies ineffables.

963. SIGNE, SIGNAL. Le signe “fait connaître”, il est quelquefois naturel ; le signalavertit”, il est toujours artificiel. On s’explique par signes avec les sourds ; et on convient d’un signal pour se faire entendre à des gens éloignés.

964. EMBLÈME, DEVISE. L’un et l’autre est la “représentation d’une vérité par un symbole sensible, accompagné d’une légende qui en exprime le sens”. Ce qui distingue l’emblème de la devise, c’est que les paroles de l’emblème ont toutes seules un sens plein et achevé, ce qui n’est pas vrai des paroles de la devise qui ne s’entendent bien que lorsqu’elles sont jointes à la figure, Beauzée.

965. EMBLÈME, SYMBOLE. Selon Lafaye, le symbole et l’emblème diffèrent d’abord en ce que l’un est constant, primitif, traditionnel, d’une origine divine ou inconnue, et l’autre du choix ou de l’invention de quelqu’un qui l’imagine ou s’en sert à dessein en se fondant sur une liaison d’idées plus ou moins sensible. La religion a des symboles, les artistes ont des emblèmes. Le symbole est quelque chose de convenu, de généralement admis, l’emblème est le résultat d’une certaine œuvre et d’une création particulière. Le gouvernail, dit Marmontel, est le symbole de la navigation ; les poëtes et les peintres en ont fait l’emblème de l’administration d’un État.

966. TRADUCTION, VERSION. Ces deux mots sont synonymes ; cependant, d’habitude, la traduction est en langue moderne, et la version en langue ancienne. Ainsi la Bible française de Saci est une traduction, et les Bibles latines, grecques, arabes, syriaques, sont des versions.

 

 

Édition : Frédéric Glorieux (École nationale des chartes)